
Oui, ben c'était lui ou moi.
Enfin si j'avais surmonté ma peur probablement ancestrale, on aurait pu s'arranger. Sauf si sa peur ancestrale à lui avait été plus forte que ma maitrise ancestrale de ma peur à moi.
C'était en été, en début de soirée, mon épouse, mon fils et moi rentrions du dur labeur de fournisseur en souvenirs pour touristes. Je m'en souviens car à l'époque, nous avions les moyens d'une femme de ménage ( non non, je vous vois venir, pas au noir, chèque emploi service et tout ).
On se gare dans la cour, je vais ouvrir la porte d'entrée pendant que ma femme tient la porte pour que le nain sorte ( c'est une petite voiture, appelée 3 portes car elle en a 2).
Je tourne la clé, en secouant la poignée, c'était de la construction un peu au rabais, ça fonctionnait assez mal.
Au rabais, mais avec quand même un volet roulant intégré dans l'épaisseur du mur au dessus de la porte. Vous voyez le genre, il y en a plein de ce genre de maisons des années 90 autour des villes et villages.
Non, on ne s'en fout pas, c'est important pour la suite le volet roulant, enfin peut-être, en fait je n'en sais rien.
Je pousse la porte, je rentre, et au moment de passer sous la fente d'où sort le volet quand on le baisse, je me prends une vipère sur l'épaule gauche.
Très courageux, vous me connaissez, je hurle et bondis en me secouant.
Panique de tous les côtés. Ma femme se planque avec le gosse derrière la voiture, la vipère se planque sous le meuble près de la porte en hurlant (ça hurle bizarrement, ces trucs, en fait pour le décrire, vous imaginez un "sifflement" de serpent, mais plus fort).
Moi, je me recule un peu ( deux cents mètres ) et je me baisse pour voir la bête, qui s'agitait dans tous les sens, quasiment debout par moments derrière le meuble, par moments entortillée sur le sol.
Je l'avoue, je n'ai pas réfléchi très longtemps, le garage était à côté, j'ai pris l'espèce de bêche en demi-cercle qui sert à trancher les bords de pelouse et j'ai construit deux vipères avec une seule.
"Ça" a continué à s'agiter un moment et puis plus rien.
Avec la "bêche", j'ai évacué les deux bouts dans un fossé proche, et je leur ai rendu un hommage discret mais sincère le lendemain en promenant le chien.
Oui, et bien j'ai avoué, je suis à moitié pardonné. Et l'autre moitié je m'en charge.
Et puis qu'est-ce qu'elle fichait là, aussi, au dessus de la porte ? Je fais ça, moi.
Il ne m'a fallu que quelques jours pour repasser cette porte sans y penser. Le courage, c'est inné.
La femme de ménage qui avait du passer là vingt fois dans l'après midi a un peu blanchi quand on lui a raconté.
Ceci étant, j'habite maintenant une "maison de ville", pour laquelle le jardin est totalement inaccessible de la route, ce qui ne protège pas d'éventuelles vipêres qui sauraient bien se débrouiller, mais interdit, et c'est mon problème, toute entrée naturelle de hérisson.